Bouclage

En 2025, les administrations publiques ont dépensé milliards d'euros de plus qu'elles n'ont encaissé. Qui leur a fourni cet argent ?

D'abord, ce que ce compte mesure

Pour chaque grand acteur de l'économie, il fait une seule soustraction sur l'année : ce qu'il a reçu, moins ce qu'il a dépensé, investissement compris. Celui à qui il reste de l'argent peut le prêter : il est à gauche. Celui à qui il en manque doit l'emprunter : il est à droite. Ce sont des soldes, ce qui reste une fois tout compensé. Les administrations publiques, ce sont l'État, les collectivités et la Sécurité sociale réunis.

Première réponse qui vient à l'esprit : l'étranger. Mais en solde, le reste du monde n'a apporté que milliards. Les étrangers ont acheté bien plus que cela de titres français, mais les Français ont aussi acheté des titres étrangers : ici, il ne reste que la différence.

L'essentiel vient des ménages

Les ménages ont gagné milliards de plus qu'ils n'ont dépensé, achats de logements neufs compris. C'est un solde : ceux qui empruntent pour acheter un logement et ceux qui remplissent un livret s'y compensent. C'est plus que le besoin des administrations publiques.

Cela ne veut pas dire qu'ils prêtent directement à l'État. Leur argent passe par les banques, les assurances-vie et les fonds, qui le placent : dans de la dette publique, mais pas seulement.

Les deux colonnes ont la même hauteur

Le reste va aux entreprises. Les sociétés financières, banques et assurances, ont un besoin de milliards ; toutes les autres sociétés, de . Et le compte tombe juste.

Ce n'est ni une coïncidence ni une politique : tout euro emprunté est prêté par quelqu'un. Un récit sur le déficit qui ne dit pas qui est en face est donc un récit incomplet.

Et pourtant, la dette de l'État est surtout détenue à l'étranger

de la dette négociable de l'État, celle qui s'échange sur les marchés, est détenue par des non-résidents. Les deux chiffres sont vrais ensemble : le compte montre ce qui s'est ajouté en net cette année, cette part montre qui détient quoi, après des décennies d'achats croisés.

Le compte ne dit pas non plus qui a fait bouger qui. L'État peut emprunter parce que les ménages épargnent ; les ménages peuvent épargner parce que l'État dépense. Les deux récits donnent les mêmes colonnes.

Cette configuration n'a rien d'une loi de la nature. Le même compte, tenu ailleurs et à d'autres dates, raconte tout autre chose.

reste du monde +15reste du monde +10reste du monde +5ici, la nation ne prête ni n'empruntereste du monde −5reste du monde −10reste du monde −15reste du monde −20−15−10−50+5+10+15−15−10−50+5+10+15les administrations publiques prêtent ▸◂ empruntentle secteur privé prête ▸◂ empruntela nation prête au reste du mondela nation emprunte au reste du monde−5,0 public+4,7 privéFrance 2025

Une année tient en un point

Regroupons le compte en trois soldes : les administrations publiques, le secteur privé (ménages et entreprises ensemble) et le reste du monde. Pour la France en 2025, le solde public est à : on le lit à l’horizontale. Le solde privé est à : on le lit à la verticale. Le troisième n'est pas libre, puisque les trois somment à zéro. Il se lit donc sur les diagonales : pour le reste du monde. Sur la diagonale pleine, le pays ne prête ni n’emprunte à l’étranger.

Ces nombres sont en points de revenu national : un point, c'est 1 % de ce que les résidents ont gagné dans l'année, ici et à l'étranger. C'est la seule façon de comparer une grande économie et une petite, 1975 et 2025. Le même dénominateur pour les trois soldes les fait sommer à zéro ; et, contrairement au PIB, celui-ci compte les revenus venus de l'étranger, qui font partie de ce que les résidents peuvent prêter.

Un demi-siècle le long de la diagonale

De 1971 à 2025, la France reste près de la diagonale : quand le solde public se creuse, le solde privé monte presque d'autant, comme en 1993 et en 2009.

Le secteur privé n'emprunte qu'en 1974, 1980 et 1982 : à peine point en 1982.

1982 : l'année où la France emprunte le plus au reste du monde

En 1981, le nouveau gouvernement augmente les dépenses publiques pour relancer l'activité. Le récit habituel : une partie de cette demande part en importations. En 1982, le reste du monde prête points à la France, contre l'année d'avant. Le tournant de la rigueur vient en mars 1983.

L'identité ne prouve pas que la relance en soit la cause. Elle dit seulement que si l'État emprunte plus et que le privé ne prête pas plus, c'est le reste du monde qui prête.

Espagne, 2007 : des comptes publics excédentaires

L'État espagnol dégage point d’excédent. Mais le secteur privé emprunte points, et le reste du monde en prête . Ce point-là, aucune lecture du seul solde public ne le voit.

Espagne, 2009 : le même pays, deux ans plus tard

Le privé cesse d’emprunter et prête points. Le solde public tombe à . La traversée de la carte prend deux ans : ce qu'empruntait le privé, c'est l'État qui l'emprunte désormais.

Irlande, 2010 : hors de la carte

La carte s'arrête ici, et l'Irlande continue. L'année où l'État irlandais reprend les pertes de ses banques, son solde atteint points, et le privé . Le reste du monde bouge bien moins, à . Une dette a changé de bilan à l'intérieur du pays.

Le revenu national irlandais reste lui-même déformé par les multinationales qui y sont domiciliées : ces points se lisent avec prudence.

Japon : un déficit géant, et un pays qui prête au monde

En 1998, le Japon est à points de solde public. Le privé prête points : plus que l'État n'emprunte. Au-dessus de la diagonale, c'est le Japon qui prête au reste du monde.

Même déficit qu’un autre pays, autre configuration : tout tient à ce qu’il y a en face.

Allemagne : prêter suppose un emprunteur

En 2015, public et privé prêtent ensemble : et . Le reste du monde emprunte donc points à l'Allemagne. Un excédent n'existe qu'avec des emprunteurs en face : à l'échelle du monde, le compte boucle aussi.

À vous

2015

2015, Allemagne : le secteur public prête 0,9 point de revenu national, le secteur privé prête 6,9, le reste du monde emprunte 7,8.

Voir la série en tableau
AnnéePublicPrivéReste du monde
1995−9,4+8,0+1,4
1996−3,6+2,8+0,9
1997−3,0+2,4+0,6
1998−2,7+1,8+0,8
1999−1,9+0,4+1,5
2000−1,7−0,3+2,0
2001−3,1+2,6+0,6
2002−4,1+5,6−1,5
2003−3,9+5,4−1,5
2004−3,4+7,6−4,2
2005−3,3+7,7−4,3
2006−1,7+7,2−5,5
2007+0,2+6,3−6,5
2008−0,3+5,5−5,2
2009−3,1+8,6−5,5
2010−4,3+9,8−5,5
2011−0,8+6,7−5,9
2012−0,1+6,8−6,8
2013+0,1+6,1−6,2
2014+0,7+6,4−7,1
2015+0,9+6,9−7,8
2016+1,1+7,3−8,4
2017+1,3+6,1−7,4
2018+1,8+5,9−7,7
2019+1,3+5,9−7,2
2020−4,2+9,7−5,4
2021−3,1+9,3−6,2
2022−1,8+5,0−3,2
2023−2,2+6,7−4,5
2024−2,6+7,4−4,8
2025−2,8+6,3−3,5
En points de revenu national.

Les phrases du débat, ouvertes une à une

Et tous les comptes de 2025 s'ouvrent barre par barre.

D'où viennent ces chiffres

Sur la carte, les soldes sont rapportés au revenu national brut : les trois ont besoin du même dénominateur pour sommer à zéro, et ils contiennent les revenus venus de l'étranger, que le PIB ne compte pas. Le compte en T vient des comptes de la Nation de l'Insee (jeu 2025.1). La carte vient d'Eurostat pour les pays de l'Union, et de la Commission européenne (AMECO) pour le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni. Récupération du 30/10/2026. Les deux ne coïncident pas au dixième : pour la France en 2025, la carte donne 151,6 Md€ de besoin public, comme les comptes des administrations publiques, et le tableau économique d'ensemble de l'Insee 152,5. Cet écart est publié et testé.

À chaque construction du site, un test vérifie sur chaque pays Eurostat et chaque année que les soldes publiés bouclent. S'ils ne bouclent pas, le site ne se construit pas. Pour les trois pays AMECO, l'extérieur et le privé sont déduits : rien à tester.

Source : Eurostat, Source : Eurostat, Source : Insee, Source : Commission européenne, AMECO. Jeu de soldes 2026.1, mis à jour chez Eurostat le 29/10/2026. Télécharger les soldes (JSON)